Mozart

Extrait de "Un voyage de Mozart à Prague"
(Constance, la femme de Mozart, raconte à des hôtes incongrument rencontrés des épisodes de la vie de son mari)
" L'hiver dernier, l'état de santé de mon mari, continuellement irritable, fréquemment de mauvaise humeur, fébrile, nous inquiétait sérieusement.
Parfois exagérément gai en société, ce qui était contraire à sa nature, il était à la maison le plus souvent sombre, renfermé sur lui-même, et ne cessait de se plaindre et de gémir. Le médecin lui conseilla un régime alimentaire, de boire des eaux minérales de Pyrmont, et de faire des promenades en dehors de la ville. Le patient ne fit pas grand cas de ces prescriptions. Le traitement lui parut incommode, car il entraînait une perte de temps et contrariait ses occupations.
Mais le médecin lui rebattait les oreilles pour qu'il se rende à des conférences où l'on traitait de toutes sortes de sujets extraordinaires: de la composition du sang humain et de la nature des globules rouges, de la respiration et de la théorie phlogistique, de la composition des aliments, de la boisson et de la digestion, en tout, un ensemble de connaissances que Mozart ignorait aussi totalement qu'un enfant innocent de cinq ans.
A mon grand étonnement, le conseil de ce docteur produisit un effet immédiat. Celui-ci parti depuis une demi-heure à peine, je trouvai mon mari dans sa chambre, le visage plus souriant, regardant, pensif, une canne qu'il avait cherchée et trouvée dans une armoire parmi d'autres vieilleries. Je n'aurais pas cru  qu'il en eût gardé le souvenir. Cette canne, élégante, à pommeau incrusté de lapis-lazuli, appartenait autrefois à mon grand-père, et, en la voyant dans la main de Mozart, qui ne prenait jamais de canne, je ne pus m'empêcher de rire."

 
  
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