Le chêne et le roseau

 

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

réécrite par Jean Anouilh

 


Le chêne un jour dit au roseau :
« N'êtes-vous pas lassé d'écouter cette fable ?
La morale en est détestable ;
Les hommes bien légers de l'apprendre aux marmots.
Plier, plier toujours, n'est-ce pas déjà trop,
Le pli de l'humaine nature ? »
« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;
Le vent qui secoue vos ramures
(Si je puis en juger à niveau de roseau)
Pourrait vous prouver, d'aventure,
Que nous autres, petites gens,
Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,
Dont la petite vie est le souci constant,
Résistons pourtant mieux aux tempêtes du monde
Que certains orgueilleux qui s'imaginent grands. »

Le vent se lève sur ses mots, l'orage gronde.
Et le souffle profond qui dévaste les bois,
Tout comme la première fois,
Jette le chêne fier qui le narguait par terre.
« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé -
Il se tenait courbé par un reste de vent -
Qu'en dites-vous donc mon compère ?
(Il ne se fût jamais permis ce mot avant)
Ce que j'avais prédit n'est-il pas arrivé ?"
On sentait dans sa voix sa haine
Satisfaite. Son morne regard allumé.
Le géant, qui souffrait, blessé,
De mille morts, de mille peines,
Eut un sourire triste et beau ;
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
Lui dit : "Je suis encore un chêne."

Commentaires (6)

1. anne o'nyme 02/02/2011

je trouve cette parodie sans aucun rapport avec la vrai fable

2. maye 30/03/2011

et toi tes qui pour juger Anouilh? lis la mieux tu verras quelle est en rapport avec la "vrai" (on écrit vraie) fable....faudrait déjà la comprendre!

3. Hachi 01/06/2011

Déjà, ce n'est pas à proprement parler une parodie ... Et cette version est justement faite en réaction à la fable d'origine, pour pointer le fait qu'elle prône la lâcheté. Ici le chêne résiste et ne plie pas, et meurt certes, mais en conservant son honneur, et sa fierté. C'est une reprise du thème instinct de survie contre fierté, déjà utilisé dans la fable d'origine, qui montre la beauté de mourir en restant fidèle à soi-même et en affrontant l'adversité plutôt que de survivre en la fuyant.

4. AXYS 18/09/2011

Le géant, qui souffrait, blessé,
De mille morts, de mille peines,
Eut un sourire triste et beau ;
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
Lui dit : "Je suis encore un chêne."
c'est trop beau <3

5. gaiapomme 28/10/2011

Oui, c'est magnifique, c'est une phrase que l'on pourrait reprendre en de nombreuses occasions. Cette fable est quasi la même au niveau de l'histoire que celle de La Fontaine, par contre la morale est toute autre, car ici, c'est le roseau qui méprise le chêne, comme s'il connaissait déjà la fable et savait ce qui allait arriver, ce qui est très fort!

Mais le chêne, malgré son destin, reste fier de ce qu'il a été. C'est la grandeur de la noblesse devant l'étroitesse du petit peuple revendicateur.

C'est souvent cela les parodies ou reprises: faire dire autre chose à un texte, et bien sûr s'appuyer sur le texte d'origine.

6. LaMiss 01/04/2012

La fin est très belle !

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